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Slam, prose, poème et coup de gueule, juste pour écrire ce que l'on pense, ce que l'on vit parce que le dire serait top compliqué ou trop fastidieux...

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la société française

     Nous sommes dans une société utilitariste, individualiste, une société hypermoderne. Nous avons pensé à un moment donné qu’il suffisait de faire une école pour faire une société. Nous avons façonné une école qui nous façonne, et nous l’avons tellement bien façonné dans l’individualisme et l’utilitarisme que nous amplifions génération après génération le mal-être d’une société qui laisse de moins en moins de place à l’épanouissement personnel. L’école n’est pas seulement le symptôme, mais également le moteur de ce processus. Nous avons identifié le bonheur comme un élément extérieur à l’homme. Pour y parvenir l’homme doit combiner réussite sociale et professionnelle afin d’amasser assez de richesse pour satisfaire ses besoins immédiats.

     Mais tout comme pour l’école, s’il y a réussite, il y a également échec, les places sont comptées. Dans une société utilitariste ou seul le facteur réussite est valorisé (celui-ci répondant à des besoins impérieux du fonctionnement de cette société), il y a ceux qui ont le pouvoir et l’argent, et puis il y a les autres. Comme je le disais précédemment, on ne peut pas s’épanouir dans un savoir qui n’est pas le nôtre, celui-ci n’aura qu’un sens partiel dans notre histoire de vie. Cela nous laisse deux choix : ou on sacrifie une partie de nous-mêmes pour s’investir dans ce savoir partiel, ou on sacrifie nôtre adaptabilité au monde en réalisant nôtre être. Dans les deux cas il y a un malaise institutionnalisé. La place réservée à l’épanouissement personnel est devenue périphérique et indépendante de l’utilité sociale, et ceux qui mettent leur bien-être au cœur de leur vie sociale sont souvent marginalisés. Nous devenons une société paradoxale où pour combler le mal-être intérieur, nous accumulons plus de richesse et d’objets extérieurs, qui nous obligent plus encore à sacrifier notre épanouissement au profit de notre utilité sociale. Le bonheur tout comme le remède au mal-être est extérieur à l’homme.

     Qu’est-ce que cela veut dire ?

     Cela veut dire qu’il y a des recettes, des voies à suivre, des modèles à imiter. De même qu’à l’école, on presse l’individu à abandonner une partie de son être qui ne répond pas aux critères de réussite pour conformer certaines autres parties aux modèles. Pour quelques-uns cela peut coïncider avec leur personnalité, pour d’autres cela se fera au prix de sacrifices, et enfin pour les derniers, ceux qui n’ont pas d’intérêt dans ce qui est valorisé par l’école puis par la société, seront sacrifiés puis soignés socialement, pour permettre à la société de se maintenir en justifiant son modèle de fonctionnement. On en arrive à une société une fois de plus paradoxale, qui se dit juste et sociale, et qui doit mettre en place de plus en plus de dispositifs sociaux pour des personnes qui sont de plus en plus exclues par elle.

     Alors mon questionnement m’amène à me demander pourquoi nous ne créons pas une société où il serait possible de combiner son épanouissement personnel et les besoins de la société, une société qui exploiterait les talents hétérogènes de chaque individu pour permettre à chacun de s’épanouir dans son milieu familial, social et professionnel, une société qui reconnait à chacun son droit d’interpréter son rôle social  selon son histoire de vie ?

     Pour répondre à cette question je dirais que c’est un problème de direction du regard. Que se soit par l’école ou dans la société, on nous a appris, puis on nous contraint à maintenir notre regard vers des réponses extérieures, vers des modèles utilitaristes. Nous pensons que les réponses à nos problèmes sont sur notre horizon. On peut en prendre la direction, avoir la sensation de s’en approcher, mais jamais on ne peut l’atteindre. Cet horizon est le dogme politique, et le dogme politique est l’héritage, la traduction laïque du dogme religieux. Des siècles d’antihumanisme religieux où la connaissance et le bonheur étaient hors de l’homme, impénétrables, n’ont pas disparu. Si avant on croyait en Dieu et à la rédemption de l’âme par le sacrifice de soi, maintenant on croit au pouvoir et à la richesse, toujours par le sacrifice de soi.

Alors, est-ce que ces propos ne sont pas excessifs ?

      Il suffit pour cela de demander à un enfant pourquoi il doit travailler à l’école. Il répondra dans la plus part des cas que c’est pour avoir un bon travail et gagner de l’argent. Une meilleure place et plus d’argent que ses parents. Et pourtant il n’aura sûrement pas saisi le sens de cela, ni le sens de ce qu’il apprend à l’école. Il faudra suivre des recettes professées par le maître, et s’il s’y conforme bien la magie s’opérera.

     Dans cette société hypermoderne, le pouvoir et la richesse sont des utopies, des dogmes, on ne peut jamais les réaliser, les posséder, on peut avoir la sensation de s’en approcher, mais jamais on ne peut les atteindre. Celui qui a du pouvoir et de la richesse en veut toujours plus, et il y a toujours quelqu’un qui le précède dans cette quête. Et cela parce ces ingrédient du bonheur seront toujours extérieur à l’homme et de fait ne pourront jamais réaliser son épanouissement.

     Il suffit, pour rendre compte de cet enfermement de la vision de l’homme, de reconnaitre le rapport qu’il entretient avec la force qui gère son bonheur : la politique. La politique est la réponse à son mal-être. De part l’enfermement de sa vision, il identifie son mal-être comme un mal-être de pouvoir et de richesse, et il considère le remède comme un horizon qu’on ne peut atteindre : le dogme politique. Plutôt que de considérer la politique comme faisant partie de lui-même et de la vie, répondant à son épanouissement et à l’épanouissement de tous, il voit la politique comme un dogme, un idéal presque impénétrable. Pour lui la politique doit être la réponse extérieure à tous ses mots, et jamais elle ne peut être assez bonne. Pour lui, jamais le dogme politique ne peut souffrir de compromis, il doit répondre à ses besoins immédiats de pouvoir et de richesse. L’homme moderne ne peut ainsi être à l’écoute compréhensive de lui-même, ni à l’écoute compréhensive de l’autre, mais seulement à la recherche de solutions extérieures à son mal-être. Dieu à simplement été remplacé par la politique, et est tout aussi impénétrable.

     N’est-ce pas un peu caricatural ?

     Il suffit alors d’écouter notre premier représentant : notre président de la république. Et voilà qu’en plein cœur d’une guerre, alors que les combats font rage, il vante, lors d’une apparition télévisée, les qualités de ses avions de combats qui, dit-il, représentent un atout stratégique et un atout commercial (insistant sur le deuxième). Notre cher président qui est en pleine tractation avec l’Arabie Saoudite pour la vente d’une soixantaine de Mirages nous fait un numéro de mauvais commercial, s’asseyant ainsi sur le respect des hommes qui meurent, car même si on leur a donné le titre de terroristes (justifié ou non, là n’est pas la question ici), ils n’en restent pas moins des hommes.    

     Alors que peut-on faire ?

     Je pense que nous sommes face à un problème de philosophie de vie. L’hypermodernité a appris à l’homme à ne plus être à l’écoute de lui-même, mais à appliquer des recettes, à attendre que les solutions viennent de l’extérieur, elle lui a appris à compartimenter toutes les parties de sa vie, à les hierarchiser en fonction de leur valeur sociale, et à rechercher dans chacune d’elles les réponses à sa quête de bonheur extérieur : richesse et pouvoir. Pour remédier à cela, il faut faire un revirement philosophique. Il faut permettre à chacun de se réaliser dans ses talents et le reconnaître pour cela, il se réalisera alors dans son être et ne sera plus à la quête de solutions extérieures pour remédier à son mal-être. Il s’emparera de la politique qui est lui et qui est la vie. Il pourra alors être à l’écoute véritable de lui-même et de l’autre. Il pourra lier toute les parties de sa vie en répondant aux questions : Qui je suis ? Pourquoi je suis là ? Qu’est-ce que je veux réaliser ? S’il peut trouver une réponse répondant à toutes ces parties de sa vie, alors il ne verra plus son voisin comme un rival, mais comme un compagnon de route.

     Cela n’est-il pas un peu utopique ?

     Pour être plus terre à terre, et pour illustrer mes propos, prenons l’exemple d’un ouvrier. Il construit des voitures pour gagner sa vie, et achète du pain pour manger. Le Boulanger lui prend sa voiture pour aller travailler et préparer le pain. Jusque là tout paraît normal.

     Maintenant imaginons que le boulanger n’a plus les moyens de se payer la voiture que l’ouvrier construit, du coup il ne peut plus cuisiner le pain que l’ouvrier mange pour avoir de l’énergie et construire des voitures. Nous sommes arrivés à une situation critique.

     Imaginons maintenant ce qu’il adviendrait dans notre société hypermoderne : l’ouvrier et le boulanger interrogeraient chacun la politique et attendraient d’elle des remèdes (extérieurs) à leur problème de richesse. Quelle que soit la réponse elle ne peut être que d’accroître la richesse (parce qu’ils en manquent pour être heureux), toute autre solution ne peut lui convenir et il la rejettera.

     Maintenant imaginons que nous changions de philosophie de vie. Dans cette situation critique l’ouvrier et le boulanger s’arrêteraient pour méditer et répondraient à ces questions :

     Qui suis-je ? : Un ouvrier. / Un boulanger.

     Pourquoi je suis là ? : Pour construire des voitures / pour faire du pain

     Qu’est-ce que je veux réaliser ? : Construire une voiture que le boulanger puisse acquérir pour qu’il puisse aller faire du pain / Faire du pain pour que l’ouvrier puisse avoir de l’énergie pour me construire ma voiture.

     Alors maintenant imaginons que tous les acteurs de la société se posent ces questions : le professeur, le politique, le patron, le syndicaliste, le médecin, l’ouvrier, l’étudiant, le chômeur, le fonctionnaire, etc., que se passerait-il ? La société ne se transformerait-elle pas ? Si les réponses à ces questions proviennent de l’intérieur de chacun plutôt que de l’extérieur, cela ne lierait-il pas tout le monde ?

 

Mickey ParSi(s)Parla

 

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