Slam, prose, poème et coup de gueule, juste pour écrire ce que l'on pense, ce que l'on vit parce que le dire serait top compliqué ou trop fastidieux...
Il y a des jours où le cheminement de ma pensée me joue des tours. Je me laisse aller à la facilité de la pensée légère qui me mène à l’orgueil, à un jugement sectaire et à un dégringolement pessimiste sur une vie que je vivais avant et que je retrouverai sûrement plus tard.
Il est facile de condamner des pensées, des actions en dehors du contexte social, il est facile de les pousser à un extrême néfaste juste pour pouvoir se rassurer de ne pas y être tombé.
Il y a une partie de mon amour propre qui se flatte de faire un tour du monde. Je sors de ma vie quotidienne, concentré sur le moment présent, je vis au jour le jour. Je regarde derrière moi, un peu devant, et je me dis que je suis en train de faire quelque chose d’exceptionnel. Je me dis tout bas, que j’ai eu le cran de tout envoyer balader, et de réaliser ce que beaucoup de monde rêvent de faire sans jamais oser.
Je suis fier d’avoir eu cet esprit d’aventurier, d’avoir dépassé mes craintes face à l’inconnu. De m’être dit que le monde, j’apprendrai à le connaître, à le décrypter, j’apprendrai à trouver ce qu’il y a de bon et à donner de ma personne désormais libérée de mes contraintes sociales.
Je suis fier d’avoir réussi à me libérer une dernière fois de tous mes engagements envers ma société, d’avoir honoré mes dettes, d’avoir brisé les chaînes qui me retenaient prisonnier de mon avenir, cloisonné entre les quatre murs de la vie qu’on nous oblige à choisir à la sortie du lycée.
Mais j’ai peur également, peur de ne plus rien posséder. J’ai peur de devoir reprendre ma vie d’avant. J’ai peur de devoir vivre pour travailler, j’ai peur de brider mes rêves. Peut être que je crains juste ne plus en être capable.
S’il y a une chose que j’ai découvert pendant ce voyage, c’est bien qu’on nous ment par omission, qu’on nous conditionne depuis l’enfance. Qu’on réduit notre capacité à vivre, à regarder par dessus les barrières qui organisent la société. On nous met des chaînes invisibles de plus en plus lourdes réduisant notre champ d’action et de recherche de connaissances.
On nous fait croire qu’on a choisi notre vie, qu’on est libre et qu’on apprécie notre existence. Avant de nous en rendre compte qu’on est parent à notre tour et on s’empresse de mettre notre enfant sur la même voie. Nous sommes nos propres garde-fous.
On rejette le non conventionnel, on exclut les esprits marginaux et on façonne le mécanisme de l’adolescence à l’aide de pseudo-pédagogies. Il ne faut pas laisser trop de liberté à nos enfants. Qu’ils se rebellent, mais pas trop, à 22 ans ils devront travailler armés de leurs diplômes.
Parce que la vie à la française existe, officieuse : 1 ou 2 enfants tout jolis tout beaux, on les assomme avec les règles, une scolarité aussi lourde que leurs cartables, un peu de sport, un cours de violon puis la playstation et les dessins animés abrutissants.
Parce que la télé c’est l’ami le plus intime et le plus fidèle qu’ils n’auront jamais : on peut rester des heures sans dire un mot, et ne pas même se sentir gêné. Ensuite, la crise d’adolescence avec rupture du dialogue, c’est normal ; un petit pétard, un piercing, deux ou trois conneries et la musique qui hurle trop fort…
Pas trop longtemps ! Il y a le sexe et le bac : le premier pour qu’il réalise qu’il ne sait pas tout et lui réapprendre à communiquer ; le deuxième pour le remettre sur le droit chemin de la recherche d’un diplôme. Si tout va bien, il fait ses trois à sept ans d’études, se trouve un compagnon ou une compagne de vie et à 21-22 ans, il commence à travailler.
Ouf, la carrière prend enfin le relais, j’ai fait un enfant parfait, je peux dormir tranquille.
La suite on la passe à travailler, on se rassure avec ses cinq semaines de congés payés, ou deux parce qu’il y a la carrière tout de même.
On achète tous les derniers gadgets, on a la plus belle voiture du quartier. On perd l’envie de lire. S’instruire c’était quand on était jeunes, maintenant c’est trop dur, et puis, je suis hyper compétent dans ma profession.
Heureusement, il y a la télé le soir à 8 heures quand je rentre du travail, on ingurgite du surgelé avec ma femme; à 1 heure le deuxième film se termine. On monte se coucher jusqu’au café du matin, « merde je suis en retard, au fait chérie, j’ai une réunion de bureau ce soir dans le lit de ma secrétaire, je rentrerai tard » ; « ce n’est pas grave j’irai faire du fitness dans le jacuzzi de mon collègue de bureau ».
Puis les gosses partent de la maison, ils se marient et nous nous retrouvons comme des cons. Il n’y a même plus les enfants pour détourner l’attention, qu’est-ce que je fais, je dois la regarder dans les yeux ?
Et là, nous mangeons à deux, on dirait un dîner d’amoureux. Qu’est-ce que je peux bien lui raconter ?
25 ans ont passé et on revoit sa femme à nouveau, mais qu’est-ce qu’elle a changé! Du coup trop fatigué pour essayer de la séduire, on divorce, on se met quelque temps avec sa maîtresse avant de regretter toute sa vie.
On peut peut-être réapprendre à vivre ?… ta femme s’est barrée, tes gosses sont loin de toi, ton travail n’a plus la même saveur et de ta fortune il n’en reste que la moitié.
Alors il te reste le choix de recommencer à zéro, ou bien l’alcool, et peut-être la dépression. Et pourtant tu as signé quand tu avais 20-25 ans, personne ne t’a rien dit et tu n’as rien vu venir…
Mickeu ParSi(s)Parla