Slam, prose, poème et coup de gueule, juste pour écrire ce que l'on pense, ce que l'on vit parce que le dire serait top compliqué ou trop fastidieux...
Il y a quelques années, j’ai fait un tour du monde pendant un an. J’ai écrit :
Je veux
Je n’ai pas peur de l’avenir parce que je sais ce que je veux
Je veux le soleil, la liberté
Je veux m’asseoir dans un parc, regarder et écouter
Je veux courir le vent dans le dos, marcher face à l’horizon
Je veux goûter aux saveurs de l’inconnu
Me laisser caresser par la douceur d’un vent de printemps
Me laisser impressionner par l’ingéniosité d’un gamin qui n’a dans sa vie que sa tête et son ambition
Je veux laisser vagabonder mon imagination par-ci, par-là
Je veux écrire pour ne pas mourir, parce que la mort c’est l’immobilité de l’esprit, du rêve et de l’optimisme
La vie c’est la témérité, le goût du risque, c’est avancer sans se demander pourquoi
Je veux l’amour et l’amitié
Je veux la solitude pour réfléchir de temps en temps
Je veux connaître pour ne pas m’enfermer
Je veux souffrir dans l’effort, parce que la récompense est plus douce
Etre triste pour savourer la joie
Connaître le malheur pour apprendre à être heureux
Je veux pouvoir voir la beauté là où de prime abord on ne voit que la laideur
Je veux pouvoir comprendre la logique des endroits, des gens, me laisser transpercer par la dynamique d’une culture et pouvoir y participer
Je veux être riche de tout ça et pauvre d’engagement
Tout cela me parait bien loin depuis que j’ai repris ma place au sein de la société, et pourtant, je ne me suis peut-être jamais aussi bien défini, je n’ai peut-être jamais été autant en accord avec moi-même. Lorsqu’on rencontre l’altérité radicale, on se retrouve obligé d’objectiver son héritage culturel et social, et alors on découvre qui on est vraiment. Le voyage long permet la rencontre véritable de l’Autre (personne, lieu ou culture) qui ne se fait plus au travers du filtre de notre propre culture. On devient passif. Pas dans les gestes, les démarches, l’expression de soi mais dans nos attentes. On ne devient pas pour autant impersonnel, ni même l’Autre, il y a une rencontre, un métissage qui s’opère mais dans un espace libéré de tout contrôle. Dans la rencontre véritable : il y a l’Autre, il y a moi ; il y a un moment, il y a un lieu et une histoire qui est libre de s’écrire.
Et cette intelligence nomade prend du temps à s’apprendre en voyage. Cela prend du temps, parce que nous devons nous libérer en premier lieu de notre éducation. Je parle du fait que nous avons appris à sacrifier qui nous sommes pour remplir notre rôle dans la société, nous nous sommes conformés au modèle de réussite, nous avons étouffé tout ce qui n’y contribuait pas. Nous avons appris à courir en direction d’un horizon qu’on ne pourra jamais atteindre. Nous avons appris que les journées sont de plus en plus courtes à mesure que l’on grandit, que les semaines, puis les mois et enfin les années s’écoulent sans ne plus laisser que quelques traces dans nos souvenirs. Et nous avons appris que tout cela était normal. Alors le voyage permet d’objectiver tout cela, le voyage permet de redécouvrir qui l’on est vraiment en nous séparant de ce que notre héritage culturel et social fait de nous. Le voyage nous permet de prendre à nouveau le temps de vivre, de rencontrer, de nous construire et d’être en accord avec nous-mêmes.
Mickey ParSi(s)Parla